Le Peintre

 

Sur la toile tendue, j'ai esquissé tes yeux,

Le rouge de ta bouche, la courbe de tes joues

J'ai tracé sans trembler, le blond de  tes cheveux,

Tes épaules dénudées volontairement floues.

 

Dans ma ronde effrénée, je m'imagine Matisse,

Et c'est de mon pinceau, que tes traits fins surgissent,

Les creux de tes fossettes qui joliment se plissent.

Ton portrait se dessine, ton sourire s'esquisse.

 

Devant ce chevalet, la palette à mes pieds

Je respire ton image, je me nourris de toi.

Je vois dans ce tableau, à jamais prisonniers,

Mon âme qui t'appartient et mon cœur qui bat.

 

Je termine mon dessin et d'un geste précis

J'ajoute à l'encre bleue, pour faire comme Watteau

Le mot amour en russe, et d'un trait indécis

Je paraphe à la gouache, sur le coin du tableau.

 

Une fois l'œuvre achevée, au mur suspendue

Je la contemple heureux de t'avoir près de moi,

Dans l'atelier glacé, sous la lumière nue,

Je remercie la muse qui a guidé mes doigts.

 

Je m'arrête au portrait, je n'irais pas plus loin.

A inventer ton corps, je ne me risquerais

Car de tes courbes pleines je ne sais quasi rien

Et ne pourra qui veut se prendre pour Courbet.

 

Le peintre est un poète, ses vers sont les couleurs

Qu'il pose sur sa toile, comme on écrit nos mots

Quand de la page blanche, nous redoutons la peur,

Il tremble de son côté, de rater son tableau.

 

Peinture ou poésie, pour décrire un amour

une tragédie en rimes, un bonheur en pastel

les deux arts se marient, associant pour toujours

Rimbaud et Géricault, sur leur unique autel.